Lourdes

éther(s)

Ether-1 LA MALADIE

Je vacille. Je suis déstabilisé. Je suis enivré. Je suis le vertige. Je suis happé. Et j’inhale les nuées.  

De couleur jaune, les paraffines deviennent, sous l’action de l’acide sulfurique, un produit blanc, sans goût, ni parfum, insoluble dans l’eau, mais soluble dans l’éther. 

Ether-2 LA CURE

Je suis enlevé, soigné, déposé. Reposé. Gracié. 

Éther sulfurique : Liquide incolore, mobile, d'odeur caractéristique, très volatil et inflammable, de formule C2H5− O − C2H5ou (C2H5)2O, utilisé dans l'industrie comme solvant et, en médecine, comme antispasmodique, antiseptique et anesthésique.

Ether-3 LA GUERISON

Je suis consumé, sacrifié, exaucé. Je suis transfiguré. Je suis une suée; de piété; de beauté. 

Fluide subtil supposé remplir l'espace au delà de l'atmosphère terrestre. L'éther est une qualité de l’air, l’espace le plus pur. 

Ether est le fils d'Érèbe (les Ténèbres) et de Nyx (la Nuit), frère d'Héméra (le Jour) _ Hésiode, Théogonie, 124-125 _ mais la tradition orphique en fait le fils de Chronos (le Temps). Lorsque je suis arrivée, l’air n’était pas air. J’ai reconnu l’éther. Je m’y suis épanché parce que j’étais sûre; sûre de moi. Je suis de chair opaque, parce que j’étais plastique, parce que j’étais compacte, parce que j’étais blanche et lisse. Seul un jeté bleu - à ma base - vient m’auréoler. Et puis, peu à peu, je vois mouillé, embué. Je suis oppressée. Le feutier me projette des résicules de son épiderme mouillé. Il fait chaud.  

L’éther c’est Lourdes, un paradis troublé. Lourdes comme un milieu où l’on noie, où l’on fond, où l’on chavire ses angoisses dans des flacons, où l’on peut rêver ici de se liquéfier.

A Lourdes, j’ai fini par échouée, malade aussi, dans La Nuit, Le Jour et Le Temps, au bord du grand Cierge.