Orlando, collage sur photographies

« Il est indéniablement vrai que les meilleurs praticiens de l’art de vivre, souvent des gens anonymes d’ailleurs, réussissent à synchroniser les soixante ou soixante dix temps différents qui palpitent simultanément chez tout être humain normalement constitué, si bien que lorsque onze heures sonnent, tout le reste carillonne à l’unisson et, ainsi, le présent n’est pas une rupture brutale et n’est pas non plus oublié au profit du passé. De ceux là nous pouvons dire sans mentir qu’ils vivent précisément les soixante-huit ou soixante douze années qui leur sont allouées sur la pierre tombale. Des autres, nous savons que certains sont morts même s’ils déambulent parmi nous; d’aucuns ne sont pas encore nés même s’ils respectent les apparences de la vie; d’autres encore sont vieux de plusieurs siècles même s’ils se donnent trente six ans. La durée de vie réelle d’une personne, quoi qu’en dise le D.N.B, est toujours sujette à caution. Car c’est une tâche ardue d’être à l’heure (…) tout un chacun peut multiplier, par expérience personnelle, les divers accords passés avec lui par ses divers moi; et certains sont par trop ridicules et insensés pour être même mentionnés noir sur blanc. Bref, dans le virage près de la grange, Orlando appela « Orlando ? » sur le ton de l’interrogation, puis elle attendit. Orlando ne vint pas. » Virginia Woolf, Orlando

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